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L'on
pourrait presque craindre d'enfoncer des portes ouvertes... N'est-ce
pas une évidence pour tout bâtisseur d'églises
locales, que celles-ci sont destinées à terme, voire
le plus vite possible, à devenir majeures-autonomes (1)
?
En
effet, qui souhaiterait qu'une église reste, après
de nombreuses années, dépendante d'un soutien extérieur,
inapte à apporter un témoignage pertinent à
la société qui l'entoure, et seule préoccupée
par son propre épanouissement, si ce n'est par sa survie
?
L'apparent
consensus chez les bâtisseurs évangéliques
autour de l'objectif de la majorité-autonomie des Églises
locales s'avère un trompe-l'oeil lorsque l'on dépasse
la simple prise en compte des intentions généralement
très louables. Une analyse des stratégies missionnaires,
plus ou moins élaborées, et surtout l'examen du
contenu des concepts de majorité-autonomie font apparaître
des différences non négligeables entre les différentes
dénominations et missions évangéliques.
Il
est très probable que les méthodes d'implantation
et d'édification découlant (consciemment ou non)
en grande partie des conceptions de la majorité-autonomie
exercent une influence significative sur le rythme de croissance
du nombre d'églisesà moyen et long terme (2). En
effet, l'importance accordée à la majorité-autonomie
et l'interprétation que l'on donne de cette notion ont
un impact considérable sur l'ordre des priorités
des églises existantes et le profil des églises
futures. Les structures qui en procèdent, quoique d'importance
secondaire, favorisent ou alourdissent tout processus, en principe
naturel, « biotique » (3), de multiplication.
En
prenant librement appui sur la métaphore paulinienne de
l'Église-plante, J.W. Clark, collaborateur du célèbre
Roland Allen, comparait une Église majeure-autonome à
un arbre vivant, capable de produire naturellement la semence
pour sa reproduction. Une Église non majeure ressemblerait
plutôt, toujours selon lui, à un sapin de Noël,
paré de toutes sortes de guirlandes pimpantes, mais éphémère
et voué à la stérilité (4).
1
La définition de la majorité-autonomie en missiologie
En missiologie, l'on définit volontiers la majorité-autonomie
des jeunes Églises par la triade : « Autogestion,
autonomie des ressources, auto propagation ». Il s'agit
de la fameuse formule de la triple-autonomie (5) inventée,
il y a 150 ans, par d'éminents missiologues anglo-saxons
(6)
À
cette époque, donc au milieu du « grand siècle
missionnaire », le travail des missions protestantes connaissait
en Afrique et en Asie un remarquable essor. Mais les sociétés
missionnaires occidentales éprouvaient des difficultés
financières et personnelles à suivre ce rythme d'extension
soutenu. Alors l'on découvrit, empiriquement, l'apport
possible des chrétiens autochtones, appelés naguère
« indigènes ». L'on commença à
promouvoir leur participation au travail missionnaire, afin de
soulager les occidentaux.
Pour
le directeur de mission et éminent missiologue que fut
Rufus Anderson, principal auteur de cette définition programmatique
(7), bâtir des églises majeures-autonomes ne devait
pas seulement constituer une réponse pragmatique aux problèmes
rencontrés par les organisations missionnaires, mais il
s'agissait bien de l'essence même du travail d'évangélisation.
Ces principes étaient pour lui un retour aux sources apostoliques
sine qua non. Selon lui, les églises doivent au plus vite
devenir majeures-autonomes et contribuer à l'implantation,
d'une façon ou d'une autre, d'Églises-filles. En
tant que congrégationaliste, il considérait que
cette exigence devait s'appliquer à chaque église
locale.
À
juste titre, la formule de la triple autonomie a fortement et
durablement marqué le débat missiologique sur la
question. Mais dans la pratique missionnaire, la mise en ouvre
de la majorité autonomie n'est trop souvent demeurée
qu'un « voeu pieux » (9).
Nous
estimons que la formule de la triple-autonomie peut constituer
actuellement une aide précieuse pour fixer des orientations
concrètes et des buts précis dans l'implantation
et l'édification d'églises en France. Mais elle
est trop succincte (10) et dépend trop des situations particulières
pour donner une définition suffisante (11) de la majorité-autonomie
plénière. Nous tenterons donc, en partant de la
formule, d'en préciser sommairement le contenu et les enjeux.
Autogestion
Devenir autonome n'est pas qu'une problématique administrative
voire financière, elle est bien plus qu'une simple question
de structures. « Bâtir des églises majeures
signifie annoncer l'Évangile de telle manière que
les chrétiens ne s'attachent à aucune personne sur
terre, à aucune institution, à vrai dire à
aucune doctrine particulière, mais qu'ils soient mis en
relation avec Dieu lui-même. » (12) Quoique, humainement
parlant, cela semble paradoxal, dépendre de Dieu et lui
être soumis est le fondement essentiel et persistant pour
devenir autonome (13). C'est la seule garantie pour éviter
toute fausse dépendance des hommes. La vraie vie jaillit
d'une relation avec Dieu, ce qui permet à l'églises
de s'épanouir même sur une terre aride et dans un
contexte difficile ou hostile.
La
jeune église doit apprendre à assumer ses nouveaux
choix en appliquant les exigences spirituelles et éthiques
du royaume tout en vivant dans ce monde. L'églises, telle
une plante, doit grandir au milieu de son cadre culturel naturel,
son terroir (elle n'est pas une plante exotique destinée
à rester en serre !) afin de devenir résistante
et de développer la capacité d'apporter un témoignage
compréhensible et pertinent (14). L'esprit de persévérance,
la capacité de s'adapter aux nouveaux enjeux et par conséquent
le rayonnement caractérisent une églises majeure-autonome
et augmentent sa crédibilité aux yeux de la société.
C'est
au pasteur fondateur qu'incombe le rôle de promouvoir la
majorité-autonomie, par son enseignement et sa pratique.
Il peut dénaturer sa vocation, s'il surévalue sa
propre importance et s'il sous-évalue celle du Saint-Esprit.
Un comportement tutélaire et toute surprotection de la
part du pasteur fondateur risquent de maintenir l'Église
dans une simili-autonomie, laquelle faiblesse peut lui être
fatale lors du départ du fondateur. C'est lui qui doit
entraîner l'Église vers la majorité-autonomie,
d'autant plus que « sa position tend à étouffer
l'autonomie » (15). Son attitude ne doit être empreinte
ni d'un esprit de supériorité « ministérielle
», ni d'un regard condescendant en matière spirituelle,
si l'Église doit acquérir la majorité-autonomie
(16).
Au
point où nous sommes parvenus, une précision s'avère
sans doute utile : autogestion ne signifie ni indépendantisme
ni isolationnisme. La différence entre une églises
qui est positivement majeure-autonome en ce sens qu'elle assume
ses responsabilités d'« adulte » et une Église
pour laquelle autonomie rime simplement avec une défense
jalouse de sa « souveraineté » est de taille.
Cette dernière attitude est navrante et met en évidence
une immaturité qui est un handicap sévère
pour l'accomplissement de la tâche confiée aux églises.
A l'exemple des églises néotestamentaires (17),
une église locale réellement majeure-autonome n'hésite
pas à reconnaître humblement qu'elle ne peut pas
répondre seule à tous les besoins, mais que les
autres églises lui sont complémentaires. Elle sait
partager ses richesses, charismes et ministères, en entrant
dans une interdépendance fructueuse avec d'autres églises
évangéliques de son entourage.
Autonomie
des ressources
L'un des critères de l'autonomie des ressources est, sans
aucun doute, l'autonomie financière, même si ce domaine
ne mérite pas selon nous la place emblématique que
d'aucuns lui attribuent. Mais une église qui ne peut subvenir
à ses besoins ne peut être considérée
comme majeure-autonome. Plus d'une église se retrouve sur
ce plan-là en difficulté, non tant par un manque
de générosité de la part de ses membres,
que par des dépenses exagérées, parfois aberrantes.
Il est regrettable qu'une jeune Église reste dépendante
ou qu'elle consacre tous ses moyens à son propre fonctionnement.
Ceci tend à prouver qu'il existe un problème quant
à ses priorités. Pour éviter toute dépendance
financière, le choix des infrastructures nécessaires
pour l'église (18) devrait être déterminé
par la seule capacité (et motivation !) de celle-ci et
ce dès l'origine.
Cependant,
l'autonomie des ressources est plus que l'autonomie matérielle
: elle concerne tous les besoins personnels et spirituels que
l'on rencontre dans une église locale. Pour éviter
toute dépendance inutile, il est important de ne pas «
imposer » à la jeune église une structure
inadaptée et trop lourde. Une Église qui veut atteindre
l'autonomie des ressources doit appliquer le principe biblique
du « sacerdoce universel » de façon conséquente.
La pauvreté de certaines Églises en ce qui concerne
les ressources humaines n'existe peut-être pas vraiment,
elle serait plutôt le résultat d'une sous-estimation
et d'une sous-exploitation des dons en présence. Une église
majeure a appris à discerner, développer et employer
tous les dons que Dieu a accordés aux membres du corps.
Cette dernière notion repose sur l'idée d'une mise
en commun, d'un service réciproque et complémentaire
des membres réunis par le Christ (19). John L. Nevius a
magistralement mis en évidence le lien de cause à
effet qui existe entre une implication large de tous (ce qui présuppose
pour lui une instruction biblique systématique !) et l'acquisition
de l'autonomie des ressources spirituelles, humaines et matérielles
(20).
Nous
suggérons que l'une des premières étapes
sur le chemin vers l'autonomie des ressources est la mise en place
d'une équipe de responsables spirituels bénévoles.
Pour de petites églises (21), il est souvent impossible
de soutenir financièrement un pasteur à plein temps,
sans parler des évangélistes, des enseignants et
des pionniers. Dans beaucoup de cas, une petite église
n'a pas besoin de la présence permanente d'un ouvrier «
diplômé » à plein temps, et l'on peut
faire appel à des responsables spirituels bénévoles
ayant reçu, pourquoi pas sur place, une formation sérieuse
pour s'occuper du travail pastoral local courant (22). Cela permet
de libérer des ouvriers à temps plein pour des ministères
plus spécifiques, pouvant profiter à plusieurs (petites)
églises, par exemple d'un groupement régional, simultanément.
Nous pensons ici à des rôles qui ne peuvent normalement
pas être remplis par les responsables bénévoles.
Quelques indications, non exhaustives : la formation et l'accompagnement
de responsables spirituels d'un groupe d'Églises d'une
même zone géographique, l'enseignement dans plusieurs
Églises associées, le travail pionnier en tant qu'envoyé
d'une Eglise-mère, voire de deux ou trois églises-mères
plus modestes, etc., c'est-à-dire des tâches qui
privilégient la multiplication.
Autopropagation
L'autopropagation (23) doit être considérée
comme normale par chaque Église locale, cependant, force
est de constater qu'elle est généralement l'aspect
le plus négligé. Pourtant, elle est probablement
le signe le plus distinctif de la véritable majorité-autonomie.
Il ne faut pas la considérer comme une simple option. La
multiplication est un principe biblique fondamental de croissance
(24). Il faut réfuter l'idée réductrice selon
laquelle une Église serait majeure-autonome à partir
du moment où elle a, comme le disait Watchmann Nee, non
sans cynisme, « un pasteur, un bâtiment et un programme
!» Une Église qui ne se reproduit pas ne peut être
considérée comme majeure-autonome. Une vue restreinte,
de mauvaises habitudes voire une certaine inertie, peuvent amener
des Églises à ne pas se sentir concernées
par l'impératif de multiplication et à « confier
» l'implantation de nouvelles Églises à d'autres,
en France souvent aux pasteurs-fondateurs étrangers. Nous
observons à ce sujet un défaut tellement banalisé
qu'il pourrait prétendre à l'évidence : l'on
trouve « normal » que les étrangers fondent
les Églises nouvelles et que les autochtones s'occupent
du fonctionnement ultérieur. Cette séparation des
responsabilités, certes plutôt involontaire, est
un frein psychologique considérable pour la multiplication.
Il faut changer ce quasi-paradigme. Il est plus judicieux de former
avec les collaborateurs français et étrangers des
équipes mixtes et de confier les tâches en fonction
des charismes et non au regard de l'origine et du soutien financier
y afférant.
Si
la génération actuelle doit être atteinte
par l'Évangile, il ne suffit pas d'implanter quelques Églises
nouvelles venant s'additionner à celles qui existent. Il
est vivement souhaitable que toutes les Églises existantes
atteignent la pleine majorité-autonomie et la capacité
de s'autoreproduire. Ajoutons que l'expérience semble prouver
qu'il ne suffit pas d'adhérer au critère de l'autoreproduction
en théorie seulement (25). Pour employer un anthropomorphisme
: il faut que les Églises existantes deviennent «
adultes » et qu'elles « engendrent » des églises-filles.
La forme de la « procréation » (envoi de pionniers,
essaimage, création d'annexes, division en cellules de
quartier, etc.) est secondaire et doit être adaptée
à la capacité de l'Église et à la
situation géographique de l'implantation.
La
majorité-autonomie devrait constituer, dès la genèse
d'une implantation, un objectif clair. Elle devrait déterminer
toutes les décisions, tant personnelles que structurelles
et matérielles, à prendre pendant la période
de constitution et de consolidation. La préoccupation de
l'autoreproduction ne doit pas être réservée
pour la fin, mais devrait être visée très
tôt en tant que but à atteindre. Ce n'est que de
cette façon que l'exigence de la majorité-autonomie
authentique devient un facteur dynamisant, évitant de surcroît
d'ériger pendant toute la durée de l'implantation
des obstacles qui s'avèrent finalement insurmontables.
Il
faudrait être naïf pour penser que le Nouveau Testament
fournit l'image de structures ecclésiales et de stratégies
missionnaires ayant un caractère universel, intemporel
et strictement normatif. Mais l'exemple de plusieurs jeunes Églises
apostoliques, participant très tôt à la multiplication
des Églises par l'intermédiaire de leurs «
délégués », membres de l'équipe
de l'apôtre Paul, est significatif et mériterait
d'être davantage pratiqué aujourd'hui en France (26).
NOTES
(1) La belle appellation « Église
majeure » suggère habituellement des qualités
de solidité et de maturité spirituelle. Le terme
connexe « autonome » souligne probablement davantage
la non-dépendance des hommes et l'acceptation de la responsabilité
surtout matérielle. Cependant, le terme « autonome
» est, d'un point de vue biblique, impropre, car une Église
ne doit jamais être indépendantiste mais entretenir
des liens fraternels et surtout s'appuyer sur le seul fondement
: Jésus-Christ, elle est donc, en utilisant un éventuel
néologisme, « christonome ». Afin de refléter
le mieux possible ces réalités, nous l'appellerons
ici « majeure-autonome ».
(2) Les statistiques semblent le prouver. Cf.
chapitres 2 et 5 de notre Die Selbständigkeit der jungen
evangelikalen Gemeinden in Frankreich als missionarische Herausforderung
(Stuttgart-Korntal : Freie Hochschule für Mission, 1997).
Nous préférons cependant rester circonspect, sachant
que l'attitude humaine et spirituelle de la personne occupée
à l'édification d'une Église compte souvent
autant que la stratégie employée, sans parler de
tous les facteurs qui échappent au contrôle et au
savoir humain.
(3) « Une église en bonne santé
se reproduira tôt ou tard. » Christian A. Schwarz,
Le développement de l'Église : Une approche
originale et réaliste (Paris : Éditions Empreinte
Temps Présent, 1996), p. 124.
(4) Cité dans la thèse de Peter
Beyerhaus, Die Selbständigkeit der jungen Kirchen als missionarisches
Problem, 3. Aufl. (Wuppertal-Barmen: Verlag der Rheinischen
Missions-Gesellschaft, 1967), p. 62. Cet ouvrage reste, à
notre connaissance, jusqu'à aujourd'hui le plus complet
sur la question de l'autonomie des jeunes églises.
(5) Une autre traduction, selon nous trop réductrice,
de « self-governing, self-supporting, self-propagating
» est proposée : « autonomie administrative,
financière et missionnaire. » David J. Bosch,
Dynamique de la mission chrétienne : Histoire et avenir
des modèles missionnaires (Lomé, Paris et Genève
: Haho, Karthala et Labor et Fides, 1995), p. 449.
(6) Rufus Anderson, 1796-1880, de nationalité
américaine, congrégationaliste, secrétaire
de la plus grande société missionnaire protestante
de son époque, la American Board of Commissioners for Foreign
Missions et Henry Venn, 1796-1873, Anglais, anglican, directeur
de l'importante société missionnaire anglaise, la
Church Missionary Society.
(7) Cf. Rufus Anderson, Foreign Missions: Their
Relations and Claims (New York: Charles Scribner, 1869) ; Thomas
Schirrmacher, Die Zeit für die Bekehrung ist reif: Rufus
Anderson und die Selbständigkeit der Kirche als Ziel der
Mission, édition afem, missions scripts (Bonn: Verlag für
Kultur und Wissenschaft, 1993).
(8) Cf. Roland Allen, Missionary Methods: St.
Paul's or Ours (1912) ; John L. Nevius (voir note suivante), Melvin
L. Hodges, The Indigenous Church : A Complete Handbook On How
To Grow Young Churches (Springfield Missouri : Gospel Publishing
House, 1976) ; concernant Hodges voir aussi : Ruth A. Tucker,
Aux extrémités de la terre : Une histoire biographique
des missions chrétiennes (Miami : éditions Vida,
1989), p. 648. Le missiologue George W. Peters a démontré
qu'un prolongement probable de certains principes de Rufus Anderson
conduisait jusqu'au « Mouvement pour la croissance de l'Église
» de Donald McGavran et Peter C. Wagner.
(9) Une remarquable exception est la mise en
pratique à grande échelle qui s'est effectuée
à partir de 1890 en Corée, comme suite aux enseignements
dispensés par le missionnaire presbytérien Dr John
Livingstone Nevius. La « méthode Nevius » prolonge
et approfondit l'idée de la triple-autonomie et érige
des principes qui ont vraisemblablement contribué au développement
étonnant et à la vigueur des églises de Corée.
Cf. John L. Nevius, Die Gründung und Entwicklung missionarischer
Gemeinden, édition afem, mission classics (Bonn : Verlag
für Kultur und Wissenschaft, 1993).
(10) Elle décrit davantage le «
fruit » que « l'arbre » mais il faut rappeler
Mt 7,16.
(11) En Chine communiste, par exemple, la formule
a été abusivement utilisée pour justifier
des attitudes nationalistes et l'hostilité à l'égard
des missionnaires étrangers. Le « Mouvement Patriotique
des Trois Autonomies » (MPTA) qui avait été
mis sur pied par le gouvernement communiste en vue de regrouper
toutes les églises protestantes, si besoin par la force,
ne véhiculait dès l'origine que la caricature des
principes d'Anderson.
(12) F.M.Zahn, « Selbständige
Kirchen, das Ziel evangelischer Missionsarbeit, » in
Allgemeine Missions-Zeitschrift, 17. Bd. (1890): 289-318, p. 292.
(13) Cf. l'exemple impressionnant des Thessaloniciens,
1Thess 1,6-10.
(14) Le thème de l'autogestion, favorisant
l'établissement d'églises d'identité culturelle
autochtone, élément indispensable pour un développement
normal, est, en France, très important. En fait, la proportion
de pasteurs fondateurs d'origine étrangère est considérable,
alors que le contexte culturel n'est pas très favorable
en la matière. Comme l'apport des missionnaires étrangers
reste indispensable, il est recommandé qu'ils soignent
particulièrement leur préparation linguistique et
culturelle personnelle pour éviter d'être un obstacle
à cette exigence. Il serait souhaitable qu'ils travaillent
plusieurs années au sein d'une équipe française
avant de prendre la responsabilité d'une implantation nouvelle.
Nous pensons que les sociétés missionnaires étrangères
et les missionnaires eux-mêmes devraient intégrer
dès le début des structures protestantes évangéliques
françaises reconnues pour être plus crédibles
aux yeux de la société, des autorités et
des chrétiens français. L'arrière-plan religieux
et culturel français fait apparaître toute singularité
inutile, tout « exotisme évangélique »
non pas comme intéressant, mais plutôt comme repoussant
et générateur de méfiance. Cf. Ray Bakke,
André Pownall et Glenn Smith, Espoir pour la ville: Dieu
dans la cité, coll. Sentier (Québec: Éditions
La Clairière, 1994), p. 103; Cf. Johan Lukasse, Mission
possible ! Implantation d'églises dans une Europe post-chrétienne
(Bruxelles et Saint-Légier : Éditions Le Bon Livre
et Emmaüs, 1993), p. 121.
(15) Zahn, op. cit., p. 304.
(16) Cf. l'exemple de Paul : il se conduit comme
une mère et un père (1Thess 2,5-12), cependant il
considère les chrétiens comme collaborateurs (2Cor
6,1), il fait la différence entre la volonté de
Dieu et son opinion (1Cor 7,25) !, il n'exerce pas la discipline
à la place de l'Église (1Cor 5 et 6), il dit ce
qu'il ferait à la place des Corinthiens mais il leur laisse
le choix (1Cor 8,13ss), et selon 2Cor 1,24 : « Notre rôle
n'est pas de dominer sur votre foi, mais de collaborer ensemble
à votre joie... ». Etc.
(17) Quelques exemples de partage, collaboration
et interdépendance : la conférence de Jérusalem
(Ac 15), la collecte en faveur des pauvres de Jérusalem
(1Co 16), l'échange des lettres de Paul (Col 4,16), le
service itinérant de plusieurs collaborateurs de Paul,
etc.
(18) Le cas des outils d'évangélisation
nécessaires pour le démarrage est un peu différent,
et nécessite évidemment souvent un premier apport
extérieur.
(19) Au sujet du principe biblique allèlous,
voir le beau livre d'Alfred Kuen, Les uns les autres (Saint-Légier
: Éditions Emmaüs, 1995).
(20) John L. Nevius, op. cit.
(21) Il est légitime de déplorer
que de nombreuses églises évangéliques en
France soient et souvent restent de taille modeste. Cependant,
même en ouvrant à leur croissance, il est selon nous
indispensable de prendre acte de cette réalité présente
et d'adopter des structures qui en tiennent compte.
(22) Il ne s'agit pas, ici, de débattre
du contenu et de l'importance du ministère pastoral à
plein-temps dans l'Église locale. Nos propositions visent
simplement à indiquer des voies qui permettraient, dans
la situation actuelle en France, un rééquilibrage
entre les ministères qui privilégient le «
maintien » de l'existant et les approches plus « offensives
» qui favoriseraient l'implantation d'églises nouvelles.
(23) Par autopropagation nous n'entendons pas
seulement les efforts d'évangélisation d'une Église
locale en vue de sa propre croissance, mais une contribution concrète
à l'implantation d'églises nouvelles. C'est en ce
sens que nous utilisons les termes « multiplication »,
« autoreproduction » et création « d'églises-filles
».
(24) Quelques exemples suffiront : multiplication
des croyants (Ac 2,47), des diacres (Ac 6,1-6), des anciens (Tt
1,5-9), des enseignants (2Tm 2,1-6) et de l'Église (Ac
9,31).
(25) Le document Stratégie de France-Mission
apporte une précision judicieuse, fruit d'une grande expérience
: « La majorité de l'Église sera une réalité
pour elle-même, lorsqu'elle aura donné, par multiplication,
naissance à une autre Église... »
(26) Par exemple Ac 20,4.
paru dans Info-fef, Fac-Réflexion et Idéa
http://www.lafef.com/
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