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Bâtir des Églises majeures capables de se reproduire 3/3


par Daniel Liechti, membre du comité national de la FEF,
responsable de la commission d'implantation d'églises nouvelles.

3 La nécessité d'une vision renouvelée

Notre génération ne pourra connaître l'Évangile qu'à condition que plusieurs milliers d'Églises soient fondées. Le nombre d'Églises évangéliques en France est si infime que certaines personnes ignorent jusqu'à leur existence, et, triste paroxysme, l'augmentation du nombre d'Églises est très insatisfaisante. Pourtant il n'y a pas là d'inéluctabilité. Plus que jamais, il faut diagnostiquer le mal et s'engager ensuite dans la bonne direction. N'est-ce pas dans la fréquente omission de l'autoreproduction qu'il faut rechercher le principal facteur causal de cette pathologie évangélique française ? Les efforts d'implantation courageux entrepris hier et aujourd'hui par des témoins de l'Évangile français ou étrangers ne suffisent pas à compenser le faible taux d'autoreproduction des Églises existantes. La situation actuelle ainsi que le rythme des nouvelles créations d'Églises ne s'amélioreront qu'à condition que l'accroissement ne dépende pas si amplement du travail effectué par les seuls pasteurs-fondateurs, de surcroît fréquemment d'origine étrangère. Les Églises existantes avec leurs collaborateurs devraient entrer plus résolument dans le processus d'une pleine majorité-autonomie incluant l'autoreproduction de leur Église.

Nous pensons que le but suprême de la mission en France est l'évangélisation du pays en édifiant des Églises locales capables de s'autoreproduire (37). En s'appuyant sur des Églises locales qui se multiplient, la France pourrait être évangélisée (38) en relativement peu de temps.

Le manque d'autoreproduction des Églises pourrait signifier que beaucoup de fondateurs d'Églises ne prêtaient pas assez d'attention, jadis, à la nécessité d'amener les Églises vers la pleine majorité-autonomie. L'objectif de la majorité-autonomie devrait aujourd'hui se généraliser et influencer davantage les comportements. Ce n'est pas seulement le pragmatique choix du réel face à un malaise, la recherche de l'efficacité, le chemin le plus logique quant aux exigences stratégiques : il est surtout l'expression d'un progrès spirituel que l'on recherche avec zèle pour la gloire de Dieu et le bien d'autrui, et il apporte à l'Église qui transmet la semence de Vie aux autres, en retour, une richesse incomparable.

Huit propositions concrètes favorisant l'édification d'Églises majeures-autonomes

1. Il est nécessaire de sensibiliser davantage tous les collaborateurs et toutes les églises existantes à l'importance, pour toute Église locale, d'acquérir une complète majorité-autonomie comme expression d'un développement spirituel normal. La pleine majorité-autonomie ne doit pas être perçue comme un idéal théorique seulement, mais comme un leitmotiv opératoire.

2. L'urgence de l'implantation en France de plusieurs milliers d'Églises nouvelles doit être reconnue, non seulement par les pasteurs-fondateurs français et étrangers, mais surtout par toutes les Églises existantes, comme objectif d'évangélisation numéro un qui peut être atteint, à condition que l'autoreproduction ne demeure pas l'exception mais devienne la règle.

3. Il est souhaitable qu'un enseignement approfondi sur la thématique de la majorité-autonomie des églises soit dispensé dans les écoles bibliques et facultés de théologie et que les futurs pasteurs, missionnaires, évangélistes et autres collaborateurs soient amenés à connaître les possibilités et exigences liées à l'objectif de la multiplication des églises.

4.
Les jeunes Églises doivent apprendre très tôt à subordonner tous leurs choix structurels, matériels et personnels au but supérieur de l'acquisition de la vraie majorité-autonomie incluant la capacité d'autoreproduction.

5. Chaque Église doit devenir « adulte » et donner vie à des « filles ». La forme de la « procréation » (essaimage, envoi de pionniers, création d'annexes ou de cellules) est secondaire et doit être adaptée à la capacité de l'Église et au lieu de l'implantation.

6. Étant donné qu'il semble y avoir proportionnellement trop de collaborateurs à plein-temps occupés par des tâches de maintien des Églises existantes au détriment des besoins de création d'Églises nouvelles, il faut rééquilibrer les priorités et libérer dès que possible plusieurs centaines de collaborateurs, totalement ou partiellement, pour le développement, avec le soutien de leur Église, du processus de création d'Églises-filles.

7. Des « partages » de collaborateurs à plein-temps entre plusieurs (petites) Églises d'une zone géographique doivent donc être envisagés en vue d'optimiser et de rationaliser les efforts. De nouvelles expressions des ministères pastoraux tenant mieux compte des charismes des collaborateurs et dépassant le rôle pastoral « classique », doivent être propagées.

8. Il faut abandonner tout indépendantisme et tout égocentrisme fussent-ils dénominationnels et favoriser, si possible, des synergies régionales (39) pour atteindre l'objectif prioritaire de l'évangélisation de la France par des Églises qui se multiplient.

NOTES DE BAS DE PAGE

(1) France-Mission a depuis de nombreuses années la belle devise : « Bâtir des églises qui se multiplient. »
(2) Cf. l'article très utile de Neal Blough « évangéliser la France : Une expression à clarifier » in Perspectives Missionnaires 33 (1997), p. 40-52.
(3) Il n'est pas fait allusion ici aux régions administratives, mais à des ensembles géographiques qui permettent une collaboration et des échanges soutenus, et par conséquent, une meilleure utilisation des ressources humaines et matérielles.

paru dans Info-fef, Fac-Réflexion et Idéa

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