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par Daniel Liechti, membre du comité national de
la FEF,
responsable de la commission d'implantation d'églises nouvelles.
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L'évolution
des Églises évangéliques en France
Les
chiffres sont parfois éloquents. L'analyse du facteur numérique
(27) peut contribuer à développer une vision plus juste de la
problématique de la majorité-autonomie en France. Le taux de progression
du nombre d'Églises évangéliques en dit long sur leur majorité
- ou non-majorité. À ceux qui considèrent les statistiques dans
le domaine religieux comme quasi blasphématoire, nous sommes tentés
de répondre par la boutade de Gabriel Le Bras : « On
compte bien les boeufs, pourquoi pas les catholiques ! »
(28) et pourquoi pas... les Églises évangéliques ?
Des
36 551 villes et villages de France métropolitaine, environ 35
000 communes, dont 340 villes de plus de 10 000 habitants, sont
encore privées d'Eglise évangélique. En l'an 2000, en France métropolitaine,
le total des Églises (29) évangéliques (30), toutes tendances
et dénominations confondues, s'élève à 1 768 Églises (31). Il
n'y a donc qu'une Église évangélique pour environ 33 000 habitants.
En comparaison avec les Antilles françaises, par exemple, où il
y a une Eglise pour 6 500 habitants, ce taux est très faible.
De
plus, en Métropole, un nombre non négligeable d'Églises recensées
se compose de groupes de petite taille. La répartition de ces
Églises est du point de vue géographique très hétérogène. Afin
d'obtenir une vue d'ensemble pertinente, nous avons examiné le
taux de pénétration de chaque département. Nous suggérons d'appliquer
comme base de calcul le taux d'« une Église pour 10 000 habitants »,
considérant qu'à partir de ce seuil, nos contemporains auront
une chance réelle d'être confrontés à une Église (32). En effet,
ce taux semble raisonnable et peut être considéré comme objectif
intermédiaire, en espérant une augmentation de la densité par
la suite, car l'Évangile ne peut être en principe connu par les
hommes qu'à la condition qu'il soit partout localement « incarné ».
Il semble difficile pour une Église de pénétrer avec l'Évangile
un groupe humain plus vaste que 10 000 habitants, limite au-delà
de laquelle elle risque de ne pas être « visible ».
Carte
des taux
de pénétration en l'an 2000

La
carte des taux de pénétration permet de constater, sans surprise,
une plus grande concentration d'Églises dans les Antilles françaises,
les bastions huguenots traditionnels et en Alsace. Les grandes
disparités persistantes, en dépit de nombreuses entreprises remarquables,
font apparaître comme indispensable l'implantation stratégique
d'un grand nombre de nouvelles Églises. Le seul travail « spontané »,
à proximité des concentrations d'Églises, n'est pas suffisant.
La
position ultra minoritaire des Églises évangéliques pose la question
de leur évolution numérique avec d'autant plus d'acuité. En 1970,
on enregistrait 769 Églises en Métropole. En l'an 2000, en usant
des mêmes critères, on en compte, comme indiqué précédemment,
1 768 (33). Il est réjouissant de constater que, depuis 1970,
mille nouvelles Églises évangéliques ont été fondées (34).

Diagramme n° 1
Mais cette progression, visualisée par le diagramme n° 1, ne correspond
en fait qu'à une augmentation annuelle moyenne de 34 Églises (35).
Il s'agit d'un taux très modeste en songeant à la présence d'environ
2 300 ouvriers évangéliques à plein temps en France. Depuis de
nombreuses années, la croissance est à peine linéaire. La courbe
de croissance n'est pas exponentielle, ce qui prouve que
le nombre d'Églises augmente essentiellement par addition,
suite à un travail missionnaire « extrinsèque », et
non pas par un processus biblique, intrinsèque, de multiplication
des Églises existantes. En partant du principe qu'il incombe
aux Églises de se multiplier par autoreproduction et en considérant
que le nombre d'Églises a plus que doublé et qu'elles n'implantent
néanmoins pas davantage d'Églises nouvelles par an qu'en 1970,
le bilan est encore plus accablant : en fait, la courbe de croissance
ne fait que baisser (36).
Le
diagramme n° 2 présente, pour comparer le « réel » avec
le « souhaitable » (et possible !), une projection
sur trente ans de la croissance au rythme actuel et l'hypothèse
d'une croissance exponentielle, fruit de la multiplication.

Diagramme
n° 2
Sans vouloir incommoder le lecteur frappé de phobie des chiffres,
nous estimons qu'un petit calcul permet d'expliciter un enjeu
de taille : au rythme de croissance actuel il faudrait attendre
122 ans, en se basant sur un nombre d'habitants constant, avant
d'atteindre l'objectif intermédiaire d'« une Église pour
10 000 habitants ». Si par contre, chaque Église existante,
dans une période de dix ans en fondait une nouvelle, qu'ensuite,
chaque Église, la « mère » et la « fille »,
renouvelait à nouveau en dix ans l'opération, et ainsi de suite,
il en serait tout autrement. À ce rythme d'autoreproduction, il
serait possible d'atteindre l'objectif mentionné en seize ans,
sans parler des progrès rapides ultérieurs.
NOTES
DE BAS DE PAGE
-
La Bible est probablement moins pudique que nous, lorsqu'il
s'agit de chiffres sur la croissance : 120 croyants (Ac
1,15) ; 3000 baptisés (Ac 2,41-42) ; 5000 membres
(Ac 4,4) ; un nombre croissant (Ac 5,14) ; le nombre
s'accroissait beaucoup (Ac 6,1.7) ; augmentation chaque
jour (Ac 16,5) ; des milliers (Ac 21,20).
-
Gabriel Le Bras peut être considéré comme le fondateur de la
sociologie du catholicisme en France. Il était le premier, dans
les années 50, à faire des statistiques sur la pratique religieuse
des Français. Cité par Jean Baubérot, Le Protestantisme doit-il
mourir ? (Paris : Éditions du Seuil, 1988), p.
9.
-
Afin d'éviter les cumuls, par exemple de petites cellules d'étude
biblique de quartier faisant cependant partie d'une même Église
locale, sont considérées comme églises uniquement les groupes
qui se réunissent pour le culte au moins trois dimanches (ou
samedis) par mois, que ce soit dans un local public ou dans
un lieu privé accessible au public.
-
En raison de la problématique circonscrite qui nous préoccupe
ici, nous ne tenons pas compte dans les statistiques présentées
des autres composantes du protestantisme, mais il ne s'agit
là nullement d'un jugement de valeur.
-
Sont comptées dans ce chiffre toutes les églises répertoriées
dans l'Annuaire évangélique 2000 / 2001 (Dozulé :
Éditions Barnabas, 03/2000) et dans l'Annuaire des Assemblées
de Dieu de France 2000 (Grézieu-la-Varenne : Éditions
Viens et Vois, 01/2000). L'Annuaire évangélique n'énumère
pas seulement les églises membres de la Fédération évangélique
de France, mais en principe toutes les tendances évangéliques,
sauf, depuis 1979 et à leur demande, les Assemblées de Dieu,
qui ont leur propre annuaire (cependant quelques Assemblées
de Dieu ont souhaité figurer dans l'Annuaire Evangélique). Pour
corroborer ces données nous avons également consulté l'Annuaire
de la France Protestante 2000 (Paris : Fédération Protestante
de France, 12/1999). Inévitablement ces annuaires présentent
quelques retards de recensement et autres lacunes mineures,
mais nous considérons que ces éléments ne modifient pas le fond
de notre démonstration.
-
On peut comparer cette formule avec des propositions selon nous
insuffisantes ou au contraire trop ambitieuses et donc probablement
peu motivantes : France-Mission propose généralement le
taux d'une Église pour 20 000 hab. ; Jim Montgomery envisage,
dans un autre contexte social et culturel, une Église pour une
population de 400 hab. à 1 000 hab. Explosion 2000 :
Projet DAWN (Lillebonne : Éditions Foi et Victoire,
1994), p. 12.
-
Ce chiffre ne tient pas compte des Eglises des DOM et TOM, où
la situation est quelque peu différente, généralement bien plus
privilégiée. Pour les seules Antilles françaises, nous avons
compté 124 Eglises évangéliques.
-
La question se pose s'il est du point de vue méthodique justifiable
de ne s'intéresser ici qu'à l'augmentation du nombre d'églises,
sans aborder en même temps la question du taux de croissance
de leurs membres, de crainte que l'un se fasse au détriment
de l'autre. Il serait sans doute plus complet d'aborder les
deux types de croissance simultanément, néanmoins deux considérations
nous font penser qu'ils peuvent être examinés séparément :
l'implantation d'églises nouvelles ne crée pas, à partir d'un
nombre global de chrétiens, des sous-ensembles (églises) de
plus en plus petits au fur et à mesure que le nombre d'églises
augmente, car le nombre total de chrétiens n'est pas statique.
Au contraire, l'expérience semble montrer que les créations
nouvelles font également croître le nombre global des membres
(sauf peut-être à très court terme). Il n'y a donc pas de « concurrence »
entre les deux croissances, au contraire, il y a synergie. (Cf. Par
exemple : Jim Montgomery, op. cit.). D'autre part, il
existe en France au vu du taux de pénétration des églises très
inégal, un consensus autour de la nécessité d'implantations
nouvelles, surtout dans les régions défavorisées, et nul ne
semble penser que le nombre d'églises évangéliques actuel est
satisfaisant, qu'il suffirait d'une croissance numérique des
membres. Donc, à partir du moment où l'augmentation du nombre
d'églises est, au moins en théorie, l'objectif de tous, elle
peut logiquement être analysée de manière distincte.
-
Il s'agit du nombre d'églises supplémentaires, donc des créations,
moins les églises disparues ; sont également incluses les
« nouvelles » églises nées de divisions dues aux conflits,
etc.
-
Il existe cependant des différences considérables entre des
dénominations ayant une théologie et une ecclésiologie similaires,
même en de nombreux aspects secondaires. Nous pensons que les
divergences de vision concernant l'urgence d'implanter des Églises
nouvelles et le profil de celles-ci (quelle place pour l'autoreproduction ?)
expliquent en grande partie ce phénomène. D'autres facteurs,
comme par exemple la capacité des unions d'églises d'accueillir
des églises locales jusqu'alors indépendantes, sont évidemment
également à considérer. Voici des chiffres retraçant l'évolution
du nombre d'Églises locales d'un échantillon de dénominations (ces
statistiques ont été élaborées selon les critères indiqués dans
les notes 29 et 31 et concernent la Métropole) :
paru
dans Info-fef, Fac-Réflexion et Idéa
http://www.lafef.com/
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