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On
ne peut proprement « exprimer» par le corps si l'on
se ment à soi-même. En effet aucun texte n'expliquant
l'état d'âme du =,- personnage, seule l'expression
corporelle compte et doit, pour ce, être sincère
dans l'imagination de l'exécutant.
Il
faut éviter le plus possible de « mimer» de
profil. Le public doit voir la partie la plus large et la plus
expressive du corps : donc la face ou le dos. Que ce soit les
expressions de « tirer », de« pousser »...,
etc., le corps restera le plus possible face au public. Les mouvements
des bras prendront plus d'élargissement, les jambes seront
le plus souvent écartées l'une de l'autre...
Il
faut éviter les répétitions de gestes: elles
risquent de laisser croire qu'on doute de soi. En réalité
si le geste est précis le spectateur suivra facilement
le déroulement de l'action. Toute répétition
de geste non justifiée est aveu d'impuissance.
Les
gestes doivent être précis, et deux possibilités
servent à l'intensité dramatique: geste sec et geste
souple (que l'on peut aussi expliquer par « cassure du geste»
et « lenteur du geste ». Parfois, suivant l'esprit
du personnage, le mouvement sera saccadé, cassé,
parfois il sera souple ou lent. Deux expressions différentes
en découlent: le geste sec exprimera plus de vigueur, plus
de sûreté que le geste souple. On peut aussi proposer
la moitié du mouvement dans un jeu sec, et la suite dans
un jeu souple (ou vice-versa). Ce qui donne une intensité
différente. Cependant tout geste souple doit s'arrêter
avec netteté.
Tout
arrêt au milieu d'un mouvement donne l'idée de réflexion.
Toute expression corporelle où le corps s'élargit,
où les bras s'écartent, ainsi que les jambes, où
le tronc se penche latéralement donne l'idée de
joie, sécurité, contentement..., etc.
Toute expression corporelle où le corps
se referme sur lui-même, se rétrécit, où
les bras se serrent au corps, les jambes se touchent, où
le corps semble se rapetisser, donne l'idée de tristesse,
de souffrance physique ou morale. Quand vous avez un choc à
la jambe, ne baissez-vous pas le buste à l'avant?
On
pourrait ainsi trouver deux expressions pour les sentiments et
les émotions permettant le jeu de la joie et de la tristesse:
L'expansion: c'est-à-dire lorsque le corps s'élargit
et s'agrandit lui-même, lorsqu'il se penche avec sûreté
latéralement..., etc. Ceci exprimant la joie, et par élargissement
la sûreté, la volonté. Le repli: c'est-à-dire
lorsque le corps se rapetisse, se recroqueville. Il explique alors
la souffrance, la crainte, la gêne, le manque de sûreté...,
etc.
Il
faut éviter de mimer avec les bras face au public. Pour
une meilleure compréhension, on doit travailler avec les
bras latéralement.
Tenter
de travailler avec un masque. Comme il sera indispensable de laisser
le masque le plus possible face au public (même lorsque
le corps sera de profil) on comprendra mieux l'intérêt
de l'expression physionomique qui complète l'expression
corporelle. Le jeu du visage ne doit être qu'un complément
au jeu du corps et non pas une fin en soi. Le corps s'exprime,
le visage complète.
Les
facteurs qui paraissent amener l’utilisation d’un
masque sont multiples : désir de créer un monde
irréel, si l'on peut dire; de rendre perceptible en permanence
le caractère principal des personnages, ceci en figeant
sur leur visage une certaine expression physionomique; de défier
et de vaincre le Temps, pour ne garder que le Présent;
de défier également la distance en utilisant ses
inconvénients mêmes, qui sont de tendre à
n'amener aux yeux que l'essentiel de ce qui se voit; désir
aussi d'accentuer l'unité d'un spectacle en en faisant
une œuvre d'art complète et, par là, universelle.
Le
masque frappe l'imagination. En général, le masque
« accroche» plus le spectateur qu'un visage, même
grimé. Cela vient peut-être de ce qu'il déroute,
de ce qu'il inquiète. Par contre, en général
aussi, il donne de l'assurance à l'acteur qui le porte.
Il aide en tout cas à dédoubler sa personnalité.
Il me semble qu'on devrait toujours chercher, en fabriquant un
masque, à obtenir une « caricature» (au bon
sens du mot), et donc à ne conserver que l'essentiel des
traits; il me paraît aussi qu'on ne devrait jamais perdre
l'idée de la distance: deux règles, d'ailleurs,
qui n'ont font qu'une.
Penser
qu'une expression corporelle doit « capter» le spectateur,
sinon celui-ci « décroche» et ne peut plus
suivre alors l'action muette.
On
ne peut pas, on ne doit pas tout dire en mime. On ne mime pas
un poème de Verlaine, de Ronsard. La poésie se suffit
à elle-même. Cependant, on peut offrir un sentiment
émouvant par le jeu de l'expression dramatique, à
condition de le vivre intensément, mentalement. Ainsi,
et ainsi seulement, votre poème silencieux « passera
la rampe ».
extrait
de "Initiation au mime", de Pierre Richy et JC de Mauraige
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