Réduit
à sa forme la plus simple, presque caricaturale, le
contenu du message de Wesley dit : choisissez entre le bien et le
mal, la vie et la mort, le ciel et l'enfer. Reconnaissez
votre état de péché, repentez et convertissez-vous,
acceptez l'amour et la grâce de Dieu, qui est accessible à
tous ("For all my Lord was crucified, for all, for all my Saviour
died"). Menez une vie qui vous permet de rester en état
de grâce, qui reflète l'amour de Dieu, et qui vous garde
du péché.
Initialement,
pas mal de gens se convertissent par peur de l'enfer, et il est vrai
que certains prédicateurs donnent des descriptions effrayantes
des souffrances et des horreurs qui attendent le pécheur non
repenti dans l'au-delà. Mais
Wesley leur offre bien davantage qu'une promesse de repos et de bonheur
après la mort. Il leur apporte, avant tout, un message d'amour
(une étude statistique montre que le mot "love"
est l'un des mots les plus significatifs dans son discours). Mais
il répand aussi le message de la valeur et de la dignité
de chacun aux yeux de Dieu : Dieu ne fait pas de distinction
entre le noble, le cordonnier ou le mineur, et Jésus-Christ
a donné sa vie pour tous ("All", c'est-à-dire
"tous" est un autre des mots-clés dans les oeuvres
de Wesley).
Voilà
une bonne nouvelle, que les opprimés reçoivent avec
joie. Dans la pratique, il s'avère que les convertis n'ont
pas la vie plus facile que les autres, mais qu'ils sont plus heureux.
Ils sont non seulement débarrassés du poids de leurs
fautes et de la crainte de la mort, mais ils mènent aussi une
vie familiale plus saine : les hommes ne gaspillent plus leur paie
à l'auberge, mais la ramènent à la maison. Les
familles assistent ensemble aux réunions méthodistes,
où ils parlent de leur progrès spirituel. Les membres
fidèles sont chargés de responsabilités au sein
de ces sociétés, ce qui les valorise à leurs
propres yeux et aux yeux des autres. De plus, Wesley encourage ses
fidèles à l'application au travail, à la parcimonie
et à l'hygiène personnelle ("Cleanliness is next
to godliness"). Et ainsi, les méthodistes se font apprécier
de plus en plus par leurs compagnons de travail et par leurs patrons,
et s'élèvent progressivement à un statut social
plus confortable. Les résultats visibles de leur conversion
encouragent d'autres à suivre leur exemple, et les patrons
se réjouissent de leur meilleure productivité. C'est
une des choses que l'on a reproché à Wesley : son évangile
aurait contribué à la croissance du capitalisme. Or
Wesley s'opposait farouchement à toute accumulation d'argent
ou de biens matériels -- à moins que ceux-ci ne servent
à pratiquer la charité, la miséricorde et la
solidarité sociale.